Types psychologiques et langage

Types psychologiques et langage

L’usage du langage et la conception que l’on s’en fait varient selon les profils.

Un discours qui pose question

En jaune, le langage est utilisé dans sa fonction révélatrice, créative, symbolique : il cherche à dévoiler l’inconnu, à pointer l’invisible, à désigner l’absent, encore innommé, qui fondamentalement demeure un au-delà transcendant, mystérieux. Ainsi le profil jaune recourt-il souvent à la comparaison, au déplacement métonymique, au paradoxe, à l’évocation. Le discours y est de nature contemplative et heuristique. Il est à considérer comme innocent, libre, sans conséquence. Il doit être protégé des jugements du type « Comment oses-tu dire cela ? ». Car énoncer ici, c’est interroger plus qu’affirmer. Le mode de l’irréalité – le conditionnel, le subjonctif – est le plus apprécié. C’est ce que le linguiste Jakobson appelait la fonction « expressive » qui est centrée sur les pensées ou les sentiments de l’émetteur, et aussi la fonction « poétique », qui fait du langage lui-même un objet esthétique (euphonie, rythme, niveau de langue, etc.).

Conséquence sur le plan de la communication : ne pas prendre le discours du jaune au sérieux, comme devant être appliqué à la lettre. Le critère n’est pas le juste ou le faux. Le considérer plutôt comme un essai, une hypothèse, une perspective, une forme toute spirituelle. Ce questionnement, cette négativité, sont parfois difficiles à entendre pour l’esprit positif et utilitariste des profils « bleus », par exemple, qui perçoivent souvent dans un tel discours des illogismes, du non-sens, voire des tentatives de manipulation. D’où de fréquents malentendus.

 

Allons cueillir ces pommes !

En rouge le langage est utilisé dans sa fonction affirmative, déclarative et annonciatrice. Il est l’empire du sujet qui pose son autorité. Le style se fait volontaire, univoque, l’intention est claire. On est dans le monde du politique qui pose une décision, une détermination, en vue d’exercer un pouvoir. Les critères sont éthiques ou stratégiques.

Conséquence sur le plan de la communication : le discours engage, il est porteur de jugements et parfois d’affrontements entre des sujets ayant des credo et des stratégies opposés. Des formes grammaticales telles que le vocatif et l’impératif, de même que des verbes performatifs (demander, prescrire, ordonner) sont de mise. C’est ce que Jakobson appelle la fonction conative, qui sert à faire pression sur le destinataire.

 

Voici ce qu’est une pomme.

Première étape de la recette

En bleu le langage est utilisé dans sa fonction représentative, descriptive : il sert à cerner et à fixer le visible, pour sceller le connu et assurer la maîtrise de l’homme sur le monde. Le message est centré sur des faits et des événement considérés comme objectifs : c’est la fonction référentielle de Jakobson. Le mode favori est l’indicatif. Le monde n’a pas de transcendance ni de mystère. Il peut être objectivé, chiffré et ordonné selon un code et des normes, il est soumis à un savoir. Ici les réponses l’emportent sur les questions.

Conséquence sur le plan de la communication : le discours est à prendre au pied de la lettre. Entre les mots et les choses, il n’y pas pas d’écart, il y a recouvrement. La logique est toute puissante, le monde se soumet à des prescriptions, il ne demande pas à être interprété. Les mots sont utilisés dans leur sens propre ou premier. Tout est rendu plus simple : les choses correspondent à ce que l’on en dit et à ce que l’on veut en faire.

 

Un cadeau

La fonction dite « phatique » (de « phatis », parole, phase) est typiquement « verte« . Le langage sert ici à s’assurer de la présence et de l’attention de l’interlocuteur et à maintenir la qualité du contact. Exemples : « Tu vois ce que je veux dire », « Tu me comprends », « Ecoute-moi », toutes locutions servant à s’assurer de la réalité du lien. L’échange en tant que tel importe autant, sinon plus, que le contenu de l’information. Selon Jakobson, c’est la fonction première et primitive du langage : établir la relation.

Conséquence sur le plan de la communication : les conditions matérielles du message deviennent essentiels. Exemples : le cadre de l’énonciation, le grain de la voix, le débit, le volume, le ton, le regard, …les supports du message, favorisant la proximité et l’attachement, passent avant le contenu véhiculé.

O.W. 07.2018