Concept d’inhibition, position meta et leadership

Concept d’inhibition, position meta et leadership

L’exercice du leadership, dans l’approche TLP, s’apparente au jeu de bascule. Rappelons que tour à tour le leader doit activer au sein de l’équipe, en fonction de l’objectif visé, des forces opposées : Diverger ou Converger, Tirer ou Pousser (Pull or Push). Comment basculer d’un côté à l’autre pour préserver l’équilibre du système ? Le concept d’inhibition, très utilisé aujourd’hui dans les sciences neuro-cognitives, permet de décrire le geste mental et intentionnel que doit opérer le leader pour réaliser ce basculement.

Exemples : pour activer son aptitude de Soutien et donc instaurer une relation de proximité, compréhensive et empathique avec les autres, le leader doit bloquer son intelligence stratégique, visionnaire et rationnelle. Et inversement, l’efficience stratégique suppose de bloquer ses affects. Ces deux intelligences sont exclusives l’une de l’autre.

De même pour activer la recherche, en jaune, et libérer dans l’équipe l‘imagination, l’ouverture, la fluidité, le plaisir du nouveau et du possible (diverger), il doit fonctionner à l’envers de ce qu’il y a lieu de faire lorsqu’il faut produire, qui exige d’enserrer les actions dans des processus opérationnels connus et maîtrisés et de s’appuyer sur les compétences techniques qui assureront la conformité du résultat (converger).

La capacité à basculer d’une fonction à l’autre ne relève donc pas simplement de la capacité à activer les schèmes cognitifs et comportementaux appropriés, mais également de la capacité « méta-cognitive » à suspendre les schèmes inappropriés. A l’instar du chirurgien qui doit suspendre ses sentiments pour être en mesure d’opérer, ou du coach qui doit suspendre son désir de conseiller pour mener à bien son accompagnement.

L’inhibition est aujourd’hui reconnue comme une capacité fondamentale du fonctionnement de l’intelligence. Une incapacité à inhiber une tendance dominante (bloquer par exemple les Idées ou au contraire la référence à l’Expérience, la Structure ou au contraire la Flexibilité, le Sentiment ou au contraire le Raisonnement, l’Extraversion ou au contraire l’Introversion) empêche les apprentissages et l’émergence d’autres puissances cognitives.

D’après les neurosciences, l’inhibition est une fonction « méta-cognitive » dans le sens où elle suppose une méta-représentation du schème usuel considéré comme inadapté à l’objectif. Selon Dempster & C.J. Brainerd (voir Interference and inhibition in cognition, Academic Press, New York), le siège du contrôle inhibiteur se situe dans les lobes préfrontaux du cortex. C’est là que s’effectuerait le contrôle adaptatif des processus de pensée et des comportements qui leur sont liés. On a constaté que les patients souffrant de lésions cérébrales frontales peinent à remplir des tâches exigeant d’inhiber les réponses habituelles ou de refouler les interférences inadéquates.

A l’échelle de l’ontogenèse comme à celle de la phylogenèse, le lobe frontal du cortex serait l’un des derniers à parvenir à maturation. Son apparition serait associée à celle des fonctions mentales supérieures.

On en déduira que dans l’accompagnement des leaders, il faut distinguer le développement des différents schèmes cognitifs et comportementaux correspondant à l’activation des fonctions jaune, rouge, bleue et verte du modèle TLP, du développement méta-cognitif souvent appelé fonction de pilotage ou fonction « exécutive ». La fonction exécutive étant la capacité à sélectionner la disposition cognitive adéquate. Une fonction d’aiguilleur et de chef de gare en quelque sorte…

La fonction exécutive est mesurée par la dernière compétence « Leadership II » du profil 360°Leadership. Elle est aussi rendue visible par l’équilibre des résultats sur les 8 compétences. Des résultats élevés sur l’ensemble des dimensions sont la manifestation chez le manager d’une connaissance de ses préférences premières et d’une bonne capacité compensatoire. Au contraire des résultats latéralisés indiquent que le manager manage automatiquement dans la foulée de ses ressources spontanées, qu’il n’est pas capable de les bloquer pour activer d’autres ressources pourtant nécessaires au bon fonctionnement de l’équipe.

…reste à savoir comment aider le manager à bloquer les idées pour prendre en considération les faits ou inversement, à bloquer la raison pour laisser s’exprimer le sentiment ou inversement, à bloquer la structure pour libérer la flexibilité, ou inversement, à bloquer l’extraversion pour alimenter l’introversion.

O.W. 03.2016